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Michèle Sales nous écrit du Lycée des Graves
Ateliers de critique avec des lycéens de Gradignan (33) :
Michèle Sales nous écrit...

Ecrivain, mais d'abord passionnée de littérature et passeuse de lecture par mon métier de bibliothécaire, j'ai toujours aimé faire découvrir des textes en profondeur et mettre en marche les intelligences et les sensibilités des lecteurs pour qu'ils puissent exprimer ce qu'ils ressentent autour d'un texte.
Sollicitée via l'ARPEL Aquitaine pour un « atelier de critique » au Lycée des Graves à Gradignan, j'ai proposé aux enseignants de donner à lire aux deux classes de seconde concernées trois livres édités par l’Atelier In8 dans la collection La porte à côté. Il me semblait que cette collection, par la qualité des textes proposés, le choix de textes courts et la présentation inhabituelle, pouvait séduire ces jeunes lecteurs. J'ai choisi trois titres dans trois univers très différents, La Dormition de Claude Chambard, Enfance de Fanta Touré, et On ne peut pas continuer comme ça d'Anne-Marie Garat.

Ces trois titres ont été achetés en librairie par les élèves, répartis en groupes de lecture par les professeurs au sein de chaque classe. Sur 55 élèves, à deux exceptions près, les livres ont été lus, certains en ont lu deux ou même les trois.
L'une des classes est une classe peu nombreuse (19 élèves) et d'un excellent niveau par le jeu des options. L'autre est plus nombreuse (35) et réputée plus agitée, bien qu'il s'y trouve de très bons lecteurs. Chaque atelier a duré deux heures.

Après une présentation personnelle et celle de l'éditeur, j'ai parlé de chacun des auteurs, en essayant de les rendre vivants pour des élèves peu connaisseurs de la littérature de leur époque.
J'ai ensuite demandé que dans chaque groupe on fasse un portrait sensible de chacun des livres, en lui attribuant une couleur, une odeur, une musique ou un bruit, une sensation, et des sentiments.
Une discussion parfois passionnée s'est engagée dans les groupes, pour aboutir assez rapidement aux textes critiques, finalement assez proches dans chacune des classes.
Ce qui est étonnant, dans chacun des textes écrits, c'est que les jeunes (très jeunes, 14 à 16 ans) cherchent d'abord à s'identifier aux personnages, à ressentir une ambiance et à s'impliquer fortement dans leur lecture. D'où parfois la déception devant un personnage impénétrable ou la fin trop rapide du texte.
Peut-on espérer qu'au delà de cette expérience trop courte, mais voulue par des enseignants conscients de l'enjeu, des parcours de lecteurs s'amorcent et s'amplifient ? Ce serait magnifique.
 
Voici quelques critiques écrites par les lycéens :
 
On ne peut pas continuer comme ça d'Anne-Marie Garat : Une demi-heure à tuer le temps
Chaque lecteur de ce livre a l'impression de connaître les lieux décrits, on a l'impression d'être déjà passé près de cet endroit.
Le personnage veut sortir de sa vie banale, il cherche la solitude, il n'est pas bien dans sa vie. L'histoire vient peut-être d'une envie de l'auteur de s'arrêter un jour au bord d'une route ?
L'homme décide brutalement de s'évader au cœur de la forêt landaise, emporté par un petit air vif d'octobre, par des coulées d'odeurs sauvages de résine et d'humus. Une route, une maison, Jo. Mais qui est Jo ? Seulement un homme ou une facette de la personnalité de chacun ?
Sa mort est-elle la mort d'une face de l'autre personnage ?
Chaque personne peut s'échapper une fois dans sa vie pour fuir son destin.
Une demi-heure à tuer le temps qui s'échappe entre les pages, comme notre destin qui bascule.

La Dormition de Claude Chambard : Au bout du rêve.
Un homme, un torero, fou amoureux et totalement passionné par la Vierge, veut aller au bout de ses rêves. C'est un homme seul qui a créé son propre monde en parallèle du vrai. Il pense que la Vierge lui est promise, il décide donc de se laisser mourir à la prochaine corrida.
L'auteur intègre beaucoup de mots espagnols dans son texte pour le rendre plus vivant, plus authentique. Le début du livre est assez soutenu, dur. Alors que la fin est assez relâchée, et même parfois assez érotique.
C'est difficile de s'identifier aux protagonistes de cette histoire. Beaucoup de personnes aiment s'identifier aux héros pour essayer de s'évader de leurs vies de tous les jours, mais ici le personnage est maussade, la vie ne le passionne pas, il a envie de mourir. Ce livre est donc plutôt dédié à un public qui aime les histoires mystérieuses et religieuses.

Enfance de Fantah Touré : Comme si de rien n'était
Dés le début Fantah Touré nous plonge dans le paysage réel et neutre de l'Afrique, objectivement.
Nous pouvons ressentir l'amour maternel, la chaleur des couleurs, qui sont le reflet des émotions et des sentiments de l'enfant Cheikh, et de celles du lecteur.
Au cours de l'histoire nous percevrons des couleurs de plus en plus sombres lorsque les sentiments noircissent en fonction de la mélodie de l'histoire. Assimilée à des battements de cœur, elle nous mène de rebondissements en rebondissements jusqu'au dernier battement.
Cependant, à travers une vingtaine de pages, nous manquons de temps pour s'attacher aux personnages et en particulier à Cheikh, ce qui instaure une certaine distance, et une forme d'impuissance. Nous ne pouvons pas agir sur son destin tragique.
Fantah Touré nous dévoile une image de l'Afrique comme si de rien n'était.
Pourtant ce livre a été pour nous une réelle prise de conscience, et nous le conseillerions aux adolescents et préadolescents.

Vous pouvez retrouver là un reportage sur l’ensemble de ce travail. Grand merci à Michèle et aux enseignants, et grand bravo à ces jeunes critiques.
 
Dernière mise à jour : ( 30-06-2009 )
 


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